Accessibilité à Montréal: Les beaux discours du Maire Coderre

Du 19 au 22 octobre dernier, Montréal a accueilli Destinations pour tous, une conférence internationale sur le tourisme accessible. Dans le cadre de ce rassemblement, Denis Coderre, maire de Montréal, a fait plusieurs déclarations relativement à l’accessibilité de Montréal. Le Devoir a rapporté que le maire a déclaré aux congressistes que Montréal est une ville accueillante pour les personnes handicapées. Dans La Presse, on pouvait lire une autre déclaration du maire : « On veut être numéro un », a-t-il lancé pendant son allocution. « Montréal doit être solidaire et accessible. Il y a encore des choses à faire, tout n’est pas parfait, mais l’ensemble des interventions est fait avec l’objectif de respecter l’accessibilité universelle. » Sur les ondes de CTV, il a déclaré que si la conférence avait lieu à Montréal, c’est parce que le tourisme y était accessible pour les personnes handicapées. Il a même affirmé que l’accessibilité universelle est respectée et que 97 % des édifices publics sont accessibles.

Or, nous nous demandons sur quelle planète le maire vit et sur quelles données il se base.

Nous sommes des personnes handicapées et des allié-es travaillant sur l’enjeu de l’accessibilité depuis plusieurs années. Nous avons documenté la situation. Nous la vivons aussi au quotidien. Nous vous présentons ici quelques faits et expériences que nous vivons quotidiennement.

Le réseau de transport de Montréal est l’un des plus inaccessibles des grandes métropoles mondiales. La Ville de Montréal et la STM aiment blâmer l’âge du réseau de métro pour expliquer cette situation. Toutefois, des réseaux de métro beaucoup plus âgés que le nôtre, comme ceux de Barcelone, Londres et de New York, sont plus accessibles. Sept stations du métro de Montréal sur soixante-huit sont accessibles, dont seulement quatre sur l’île même. Au rythme où vont les choses, le métro ne sera complètement accessible qu’en 2085 dans le meilleur des scénarios. Le métro de Montréal est pour ainsi dire un lieu interdit aux citoyen-nes handicapé-es, ainsi qu’aux touristes handicapé-es et rien ne leur laisse croire que la situation changera de sitôt. Pendant ce temps, Toronto a pour objectif de rendre tout son réseau accessible d’ici 2024.

L’accessibilité des autobus fait aussi piètre figure. Les arrêts ne sont pas annoncés, ce qui complique énormément les déplacements des personnes ayant des limitations visuelles et intellectuelles. Même si tous les autobus de la ville sont dotés de rampes d’accès, plusieurs de celles-ci ne fonctionnent pas. La STM refuse depuis des années de doter ses véhicules de rampes portatives en cas de bris, et ce, même si cette mesure est peu couteuse et est utilisée ailleurs dans le monde. Chaque jour, des personnes handicapées se font refuser l’accès à ce transport public. Cela a des conséquences graves, particulièrement durant l’hiver. Lorsqu’une rampe ne fonctionne pas, la très grande majorité des chauffeurs quittent les lieux sans offrir de solutions à la personne.

La situation des transports publics pourrait sembler moins grave s’il était possible de se déplacer en taxi. Toutefois, il est extrêmement difficile d’obtenir un taxi accessible à Montréal. Il est nécessaire de réserver la veille sans quoi l’attente peut être de 2 à 4 heures. La ville de New York s’est engagée à rendre la moitié de sa flotte accessible d’ici 2024. Tous les taxis de Toronto seront également accessibles d’ici 2024. Montréal n’a aucun objectif de la sorte. De plus, certaines compagnies de taxi imposent toujours une surcharge tarifaire aux personnes handicapées, et ce, même si cette pratique est illégale et a été dénoncée publiquement.

Nos données, recueillies aux quatre coins de la ville, démontrent que la majorité des cafés, bars, restaurants et salles de spectacle ne sont pas accessibles. La réputation de Montréal comme une destination de divertissement et de culture par excellence ne veut donc rien dire pour les personnes handicapées. Nous avons constaté, au fil des ans, que la situation reste la même. Chaque jour, des nouveaux commerces inaccessibles ouvrent leurs portes à Montréal. Nous avons également été témoins de nouveaux bâtiments ne respectant pas le Code du bâtiment du Québec. Cette semaine, l’émission La Facture a présenté son enquête sur l’accessibilité de soixante hôtels à Montréal. Aucun de ces soixante hôtels ne respecte la loi sur le bâtiment. Les bâtiments ne sont pas inspectés après le dépôt des plans. Le fardeau de dénoncer les bâtiments fautifs repose sur les clients.

Lors des dernières élections provinciales, nous avons recensé plusieurs bureaux de vote inaccessibles. Ces bureaux de vote étaient situés dans des lieux importants comme des écoles et des centres communautaires. Périodiquement, les élections lèvent le voile sur ces lieux qui sont en réalité inaccessibles aux personnes handicapées 365 jours par année.

Que fait Montréal pour remédier à la situation? Montréal a adopté une politique d’accessibilité universelle en 2011. La politique recommande que l’accessibilité soit prise en compte dans les divers projets de la ville. Toutefois, cette politique n’a aucun pouvoir réel et n’engage pas le secteur privé.

Qu’est-ce que M. Coderre veut dire lorsqu’il affirme que Montréal respecte le concept de l’accessibilité universelle?

A-t-il la moindre idée de ce que signifie organiser un évènement accessible à Montréal ou de planifier une visite dans la métropole québécoise, du travail que représentent tous les appels, de toutes les vérifications que nous devons faire puisque l’information sur l’accessibilité est pratiquement inexistante?

Si le congrès sur le tourisme accessible s’est tenu à Montréal, ce n’est pas parce que la ville est accueillante pour les personnes handicapées, comme le prétend M. Coderre. C’est parce que Kéroul, l’organisme organisateur, a travaillé sans relâche pendant plusieurs mois pour rendre cet évènement possible. C’est aussi parce que les personnes handicapées en visite à Montréal s’organisent comme elles le peuvent. Les personnes handicapées sont habituées de s’adapter. Leur créativité et leur débrouillardise compensent pour l’inaccessibilité de la ville.

Montréal a bien des croûtes à manger avant de pouvoir prétendre au titre de métropole la plus accessible du monde. Nous savons que les changements nécessaires prendront un certain temps et nécessiteront un changement radical dans la façon de percevoir le handicap dans la société québécoise.

En attendant, pouvons-nous au moins être représenté-es par un Maire qui ne minimise pas l’exclusion physique et sociale vécue par les personnes handicapées et leurs allié-es? Pouvons-nous au moins avoir un maire qui s’appuie sur des faits réels au lieu de propager des idées sans fondement dans les médias et devant une audience internationale tel qu’il l’a fait pendant le congrès Destinations pour tous tenu à Montréal?

Denis Coderre doit admettre qu’une ville qui ne respecte pas les principes de base d’inclusion, d’accessibilité et de droits humains n’est pas une ville intelligente.

Aimee Louw, auteure et journaliste indépendante

Laurence Parent, étudiante au doctorat en Humanities, Université Concordia

Kim Sawchuk, professeure, département de communication, Université Concordia

Marie-Eve Veilleux, traductrice scientifique, étudiante en bioéthique, Université de Montréal

Une version anglaise de cette lettre est parue dans Montreal Gazette.

Austérité : les droits des personnes handicapées en péril

Les mesures d’austérité annoncées par les divers paliers de gouvernement affectent particulièrement les groupes marginalisés de la société québécoise. Pour les personnes handicapées, ces mesures s’inscrivent dans une continuité de choix gouvernementaux qui limitent l’exercice de leurs droits. Être une personne handicapée au Québec, en 2014, signifie être davantage exposée à l’exclusion et à la pauvreté. Les obstacles rencontrés sont nombreux et varient d’une personne à l’autre. Parmi ceux-ci, l’accessibilité du transport en commun et les mesures d’employabilité ont été particulièrement affectées par les récentes mesures d’austérité.

En février dernier, le ministère des Transports du Québec a annoncé que le financement alloué au transport adapté serait gelé de 2015 à 2020. Or, la Société de transport de Montréal a rapporté une augmentation de 5,9 % de l’achalandage l’an dernier et une hausse semblable est anticipée pour les années à venir. Une injection de plus de deux millions de dollars en 2014 serait alors nécessaire pour maintenir le même niveau de service, et ce, seulement à Montréal. Conséquemment, les usagers craignent une dégradation des services, services qui ne répondent déjà pas aux besoins en raison, notamment, de retards fréquents, d’heures de service limitées et de l’obligation de réserver au minimum un jour à l’avance.

La mise en accessibilité du métro, quant à elle, continue d’être repoussée et les derniers travaux pour ajouter des ascenseurs remontent à 2011. Au rythme actuel, en se basant sur les travaux annoncés, toutes les stations de métro auront des ascenseurs en 2091.

L’absence de transport adéquat met les personnes handicapées dans une situation d’exclusion perpétuelle, car elles ne peuvent pleinement participer à la société. Les problèmes d’accès qu’elles vivent accentuent, entre autres, leur exclusion du marché du travail et du système d’éducation.

En ce qui concerne le marché du travail, des coupures importantes au niveau des mesures d’aide à l’emploi ont également été annoncées ce printemps. On compte parmi ces mesures d’aide le contrat d’intégration au travail (CIT). Cet outil permet d’encourager l’embauche et le maintien en emploi des personnes handicapées en offrant une compensation à l’employeur. Celles-ci permettent d’embaucher un accompagnateur, d’adapter le lieu de travail ou de palier les heures que la personne handicapée ne peut travailler en raison de son handicap. Les CIT ont été gelés en juin dernier. Les nouvelles demandes de subvention à l’emploi ne sont plus traitées. Un tel gel entraîne de facto une plus grande exclusion des personnes handicapées du marché du travail, où elles sont déjà sous-représentées.

Une révolution inachevée

Si les droits des personnes handicapées ont été reconnus au Québec par la Charte des droits et libertés de la personne dès 1978, la révolution devant mener à leur libération n’a jamais été achevée. La vague néolibérale ayant touché le Québec dès les années 90 a mis en péril le développement de nombreux services et programmes pourtant nécessaires à l’exercice des droits des personnes handicapées.

En freinant des initiatives comme celles visant à améliorer l’accessibilité des transports et du marché du travail, les nouvelles mesures d’austérité aggravent l’exclusion de ces personnes. Cette exclusion est d’autant plus inquiétante du fait que la discrimination fondée sur le handicap demeure méconnue au sein même des mouvements progressistes.

Nous sommes également choquées et inquiètes par la vague de suicides ayant été médiatisée récemment. Depuis avril dernier, trois personnes tétraplégiques se sont enlevées la vie, et il ne s’agit que des cas connus du public. Le manque de ressources pour vivre chez soi brise des vies, et ce, depuis trop longtemps. Les mesures d’austérité nous laissent présager une aggravation de la situation.

Espérons que le contexte difficile favorisera une plus grande politisation du mouvement de la défense des droits des personnes handicapées au Québec. Nous ne pouvons plus vivre dans l’illusion selon laquelle l’accessibilité et l’inclusion sont surtout une affaire de bonne volonté et de sensibilisation. Nous devons trouver différentes stratégies pour se mobiliser. Déjà, des nouveaux mouvements citoyens apparaissent, comme le groupe Facebook «Transport mésadapté», qui visent à exposer publiquement les impacts d’un système austère et fondamentalement discriminatoire.

Une grande manifestation contre l’austérité aura lieu le 31 octobre prochain à Montréal. Profitons-en pour manifester notre indignation et revendiquer un Québec où nous pourrons vivre dans la dignité!

Laurence Parent, candidate au doctorat en Humanities à l’Université Concordia

Marie-Eve Veilleux, étudiante au deuxième cycle en bioéthique à l’Université de Montréal

Formation sur les droits de la personne et la discrimination fondée sur le handicap / Workshop on Human Rights and Discrimination based on Disability

PosterFormationCDPDJL’accessibilité du transport en commun montréalais accuse un énorme retard comparativement à plusieurs autres villes nord-américaines. Les personnes handicapées affrontent continuellement des obstacles pour utiliser les autobus, le métro et le transport adapté et ils ont l’impression que la STM ne fait rien pour apporter des solutions concrètes à ces problématiques. Transport mésadapté est un groupe Facebook créé dans le but de donner une voix aux personnes handicapées qui vivent cette discrimination quotidiennement. Depuis sa création en décembre 2013, le groupe a rassemblé près de 250 personnes et plusieurs membres contribuent activement en publiant leurs expériences et en commentant tous les jours.

Peu de Montréalais handicapés utilisent la Charte des droits et libertés pour défendre leurs droits. En fait, la discrimination fondée sur le handicap est souvent méconnue par les personnes qui la vivent au quotidien. Les fondatrices de Transport mésadapté, Laurence Parent et Marie-Eve Veilleux, organisent une séance de formation offerte par la Commission des droits de la personne du Québec sur le droit au transport. L’objectif ultime de cette formation est de donner aux personnes handicapées et leurs alliéEs les outils pour défendre leurs droits et se questionner sur le système actuel afin d’encourager les changements sociaux.

Quand : 13 septembre 2014, de 13 h 30 à 16 h 30

Où : Université Concordia, 1400, boul. de Maisonneuve Ouest, salle 540

RÉSERVEZ VOTRE PLACE! transportmesadapte@gmail.com

Laurence Parent et Marie-Eve Veilleux, organisatrices

La formation est commanditée par le Mobile Media Lab, le Media Praxis Lab et le Département d’Éducation (Université Concordia).

Pour en savoir plus sur la formation : http://www.cdpdj.qc.ca/fr/formation/Pages/communautaire.aspx

Pour en savoir plus sur Transport mésadapté : https://www.facebook.com/groups/323415324465814/

 

Workshop on Human Rights and Discrimination based on Disability

The accessibility of Montreal’s public transit system is very far behind when compared to other North American cities. Disabled people face constant obstacles when using buses, metros and paratransit and they feel STM does not address their concern adequately. Transport mésadapté is a Facebook group that was created to give a voice to disabled people who live this discrimination on a daily basis. Since its creation in December 2013, the groupe rallied close to 250 people and many members actively participate by posting and commenting daily about their lived experiences

Few disabled Montrealers use the Charter of Rights and Freedoms to advocate for their rights. In fact, discrimination based on disability is very unknown by the very own people who experience it. Founders of Transport mésadapté and disability activists, Laurence Parent and Marie-Eve Veilleux are organizing a workshop about human rights and discrimination based on disability with a focus on transportation. This workshop will be offered by the Quebec Human Rights Commission and it will be attended by 15-30 disabled people and allies who are interested in learning about transportation as a right. The ultimate goal of this workshop is to give disabled people and allies tools to both defend their rights and think critically about the current system in order to bring social change.

When: September 13, 2014 from 1:30pm to 4:30pm

Where: Concordia University, 1400 de Maisonneuve West, room 540

The workshop is sponsored by the Mobile Media Lab, Media Praxis Lab, and the Department of Education (Concordia University).

 

More about the workshop: http://www.cdpdj.qc.ca/en/formation/Pages/communautaire.aspx

More about Transport mésadapté: https://www.facebook.com/groups/323415324465814/

 

Soyons réalistes!

15 décembre 2013. La première véritable tempête de neige s’est finalement abattue sur Montréal. Chaque personne a ses raisons d’aimer ou de détester l’hiver. L’auto à déneiger, les pentes de ski enneigées, le métro bondé, les beaux paysages à contempler par sa fenêtre sans trop s’en vouloir de ne pas avoir envie de sortir.

Pour les personnes se déplaçant en fauteuil roulant, triporteur ou quadriporteur une tempête de neige ça veut dire devoir faire face à une ville doublement inaccessible. Lors des tempêtes ou d’accumulations de neige pouvant varier de 2 à 30 cm, celles-ci se heurtent à cette annonce de la part de la STM : « En raison des conditions de la route, le service aux personnes en fauteuil roulant sur le réseau régulier de bus est annulé ». L’accès au service d’autobus leur était souvent interdit pendant plusieurs jours.

Enfin, je devrais dire « se heurtaient souvent », car une visite de routine sur le site de la STM m’a permis de constater que celle-ci avait laissé tomber la suspension du service. On peut ainsi voir ce message aux usagers à mobilité réduite :

Avis aux personnes en fauteuil roulant : en raison des conditions météo, il pourrait être impossible de déployer la rampe aux arrêts de bus accessibles.

Ce message indique qu’en raison des accumulations, il pourrait être impossible de déployer la rampe de manière sécuritaire pour monter ou descendre du bus à certains arrêts accessibles. Si cette situation survenait à votre arrêt de destination, le chauffeur pourrait être dans l’obligation de vous déposer à un autre arrêt.

J’ai d’abord cru que je rêvais. Lorsque j’ai réalisé que ce que je lisais était bien réel, j’ai senti la joie et la colère monter en moi. La joie, car un obstacle est tombé, et ce, j’en suis convaincue, grâce à des personnes militantes qui ont dénoncé publiquement cette mesure discriminatoire. La colère, car je me suis fait dire pendant trois hivers que ce que je demandais était impossible à réaliser. La colère aussi, car ce changement majeur est passé sous silence.

Retour en arrière…

9 décembre 2009. Je devais me rendre à une réunion d’un Conseil d’Administration de la Confédération des organismes de personnes handicapées du Québec. En tant que citoyenne, je me suis rendue à l’arrêt d’autobus situé aux coins des rues Fabre et Beaubien avec l’intention de me rendre jusqu’à Pie-IX dans un premier temps, pour ensuite prendre l’autobus Pie-IX en direction sud jusqu’à ma destination située au coin de la rue Ontario. Montréal avait reçu 30 centimètres de neige six jours plus tôt. Enfin, je pouvais circuler sans problème sur la majorité des rues et la totalité des grandes artères!

Quel ne fut pas mon soulagement d’arriver au coin de Fabre et Beaubien au même moment où l’autobus arrivait! Ouf, juste à temps! Cependant, je ne suis jamais montée à bord de cet autobus. Pourquoi? Eh bien, le chauffeur m’a informé qu’il n’en avait pas le droit. C’est avec stupéfaction que j’ai appris que la STM interdisait à ses chauffeurs de déployer la rampe d’accès permettant aux personnes se déplaçant en fauteuil roulant d’utiliser les autobus au même titre que tous les citoyens. Le chauffeur m’expliqua que cette décision était basée sur l’état du déneigement des rues sur l’île de Montréal. Il m’apprit que l’île de Montréal au grand complet devait être déneigée avant d’autoriser de nouveau l’embarquement des personnes se déplaçant en fauteuil roulant…. Une île, une ville, c’est donc vrai!?!

J’ai alors porté plainte à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse pour la première fois de ma vie. L’expérience fut désastreuse. En séance de médiation, la STM soutenait que sa politique de suspension de service était nécessaire et impossible à changer. Les médiateurs de la Commission ont rapidement accepté la version de la STM. J’ai signé une entente bidon avec la STM. Seul gain : les suspensions de service seraient dorénavant indiquées sur le site web de la STM. Seul point réellement positif de l’expérience : j’étais allée au front avec l’appui du Regroupement des usagers du transport adapté et accessible de Montréal.

Puis, le temps a passé. Les suspensions de service discriminatoires se sont poursuivies.

En décembre 2010, j’ai publié une lettre dans la Presse pour dénoncer la situation.  La STM n’a pas bougée, mais je me suis sentie un peu plus libérée.

En février 2012, j’ai publié une autre lettre dans la Presse pour dénoncer le transport mésadapté dans le contexte hivernal.

En mars 2013, Marie-Eve Veilleux, une membre du RAPLIQ, a également écrit une lettre qui a été publiée dans la Presse .

À la mi-février, trois jours après une chute de neige ordinaire pour un hiver montréalais (10 à 15 cm), le service d’autobus de la Société de transport de Montréal (STM) était toujours interdit aux personnes utilisant un fauteuil roulant.

En chemin vers le travail, j’ai pu constater que les arrêts sur les principales artères que je croisais (Sherbrooke, Saint-Laurent, Saint-Urbain, Guy) étaient déneigés. Les trottoirs de ces grandes rues, et même des plus petites, étaient praticables. Alors, pourquoi cette interdiction? Pourquoi tant d’ingérence dans la vie des personnes handicapées?

Au même moment, le RAPLIQ interpelait M. Réal Ménard, responsable des transports à la ville de Montréal.

La fin de la pratique de suspension du service pour les usagers se déplaçant en fauteuil roulant est une victoire de nos droits face à un système empreint de discrimination. Évidemment, la problématique du piètre déneigement des arrêts d’autobus demeure. Toutefois, la fin de cette pratique me laisse croire que les interventions médiatiques ont une force importante; que les gants blancs ne doivent pas servir à tempérer nos sentiments face aux injustices, mais bien à réchauffer nos mains ou encore à tenter de personnifier Michael Jackson; que la Commission des droits de la personne a encore bien des croûtes à manger en matière de compréhension de la discrimination fondée sur le handicap; et que le slogan « Soyons réalistes et demandons l’impossible » n’est pas bête du tout.

Bonne fête…en retard!

À la Loi assurant (!!!) l’exercice des droits des personnes handicapées en vue de leur intégration scolaire, professionnelle et sociale 

Salut,
 
Tu as eu 35 ans, le 23 juin dernier. Je ne t’ai même pas dit bonne fête et personne ne t’a organisé de party. Pour être franche, je ne savais même pas c’était quand ton anniversaire. Google me l’a dit. Quand j’ai vu que tu avais eu 35 ans, je me suis sentie mal qu’on n’ait pas souligné ton anniversaire… J’imagine qu’il est temps que je te parle pour te dire pourquoi je n’ai jamais eu de pensées pour toi quand je célèbre la St-Jean…
 
Tout d’abord, on doit reconnaître que personne ne nous a jamais présentés. Pourtant on devrait se connaître toi et moi. Je me déplace en fauteuil roulant et toi tu es sensé exister pour assurer mes droits. Mais personne ne m’a parlé de toi. Même pas à l’école. En fait, il n’y a pas grand monde qui te connaît. Finalement, c’est peu par hasard que je t’ai connue pendant une table de concertation.
 
Sincèrement, je t’ai trouvé drabe dès le premier jour! En dehors des meetings et des tables de concertation, je ne t’ai jamais vraiment vu en pleine action. C’est comme si t’existais pas. Je sais que mon cheminement académique a, entre autres, été facilité grâce à toi. Mais tu dois comprendre qu’à tous les jours, je me butais à un système de transport en commun qui ne fonctionnait pas. À des milliers de lieux ouverts au public qui m’étaient interdits en raison d’une stupide marche. Et puis, j’ai découvert d’autres obstacles dont je ne connaissais même pas l’existence! Je me suis fait des amis qui n’avaient pas accès aux films dans les cinémas et aux multiples contenus vidéos disponibles sur Internet faute de sous-titres.
 
Ça m’a fâchée. Je me suis dit que tu ne faisais pas bien ta job. Puis l’incompétence, ça m’énerve.
 
Mais au lieu de te tourner complètement le dos, je me suis intéressée à toi. Je me suis dit que tu avais peut-être eu une enfance difficile. Si tu es comme tu es, bien, c’est peut-être de la faute de tes parents. Je t’ai cherché des excuses.
 
Ton histoire de famille ne semble intéresser personne. Et pourtant, j’ai découvert bien des choses intéressantes sur ton passé. Des choses que tu aimerais peut-être mieux garder pour toi.
 
À ta naissance, tu as été rejetée. De nombreuses personnes handicapées s’étaient même mobilisées dans la rue avant ta naissance pour s’opposer à ta conception. Ça te part mal une vie… Ces personnes disaient que tu nuirais à l’avancement de leurs droits. Elles disaient que tu n’avais pas assez de mordant. Finalement, tu es née pareil parce que tes géniteurs, eux, souhaitaient ta venue. C’était le 23 juin 1978.
 
Même si bien des personnes handicapées ne voulaient pas de toi, tu as réussi à faire taire les critiques, peu à peu. T’étais toute jeune. J’imagine que tout était alors possible. De nombreuses personnes ont cru en toi.
 
Mais tu as fait des promesses que tu n’as pas tenues.
 
Et tu as mal vieilli. Tu ne parles que de plans d’action. T’es frileuse quant aux obligations. On t’a rajeunit un peu en 2004. Mais je dois être franche et te dire que ta cure de rajeunissement n’était que de la poudre aux yeux.   
 
Quand on a de la visite de l’étranger, tu fais ta fraîche pour donner l’impression que l’on file le parfait bonheur. Lorsque le Canada a ratifié la Convention de l’ONU relative aux droits des personnes handicapées, le gouvernement québécois a convenu que tu étais assez solide pour défendre nos droits.
 
Connais-tu ta cousine éloignée, l’Americans with Disabilities Act? Ou toi aussi tu préfères faire comme si elle n’existait pas? Si j’étais toi, je serais jalouse d’elle. Parce qu’à tous les 26 juillet depuis 1990, les États-Uniens handicapés et leurs alliéEs lui organisent tout un party. Évidemment, cette loi n’est pas parfaite. Ne t’inquiète pas. Je n’ai pas succombé à l’American Dream et le Québec bashingm’écoeure. Je sais que des enfants états-uniens n’ont pas accès à l’éducation inclusive dont ils ont besoin. Des personnes sont forcées de vivre dans des nursing homes. Et tout le tralala. Toutefois, la question de l’accessibilité architecturale, elle, a connu des avancées qui doivent faire pâlir tous ceux qui te louangent. Aux États-Unis, l’accessibilité est devenue loi. Elle est partout. It’s the law. Les restos, les parkings, les cliniques, les églises. God Bless America. À chaque fois que j’y vais, je me sens plus libre.
 
Je dois t’avouer que je suis pas mal tannée de celles et ceux qui ne s’intéressent pas à ta cousine et qui ne jurent que par toi. De celles et ceux qui préfèrent jouer à l’autruche pendant que mes droits sont brimés et qu’ils stagnent. Pognés dans laslush.
 
Maintenant que je t’ai tout dit ça, j’aimerais te dire qu’on peut maintenant tourner la page et que l’an prochain, mes amis et moi soulignerons ton anniversaire, mais je te mentirais. Je pense plutôt que le temps est venu pour toi de laisser ta place. 35 ans de règne, c’est pas si mal.
 
Le temps est venu d’ouvrir la voie à une loi qui sera réellement souhaitée par les personnes handicapées. Une loi qui fera en sorte qu’on aura envie de célébrer une fois par année nos combats passés et ceux à venir. Et si t’as envie, tu viendras aux partys. Tu nous raconteras plein d’histoires d’un passé qu’on aura du mal à imaginer. C’t’une fois une fille qui ne pouvait pas prendre le métro….

L’importance d’avoir un titre valide à bord du transport adapté

Le 16 avril 2013, le Regroupement des usagers du transport adapté et accessible de l’île de Montréal (RUTA de Montréal) a publié un communiqué pour inciter les personnes handicapées à avoir un titre de transport valide à bord du transport adapté. Marie-Eve Veilleux et moi, toutes deux utilisatrices du transport adapté et du transport régulier de la STM, avons réagi à ce communiqué puisque nous croyons que celui-ci infantilise les personnes handicapées. Nous estimons aussi que le RUTA de Montréal omet de faire une analyse importante par rapport à la discrimination relative aux méthodes de paiement des titres et aux services offerts aux clients du transport adapté.

Inspecteurs de la STM

Aider les gens ça va toujours mieux avec une vaste anti-balles et une matraque! :)

Information importante: Les véhicules du transport adapté ne sont pas munis de lecteurs de cartes OPUS rendant ainsi impossible l’utilisation des billets achetés sur cette carte. De plus, des points de vente de titres de la STM sont inaccessibles aux personnes handicapées.

Vous pouvez lire le communiqué du RUTA de Montréal en cliquant ici.

Notre lettre envoyée par courriel au RUTA de Montréal le 16 avril 2013:

Bonjour,

Nous vous écrivons en réaction à votre communiqué publié aujourd’hui au sujet des titres de transport valides. Nous sommes deux personnes handicapées utilisant le transport adapté, ainsi que le transport régulier de la STM.

Nous nous désolons de constater que le RUTA ne reconnaît pas le fait que les usagers du transport adapté ne peuvent pas payer leur titre de transport, au même titre que les usagers du réseau de bus et métro de la STM, et que cela est un obstacle.

Vous affirmez qu’une personne sur quatre n’a pas de titre valide au moment de la vérification faite par les inspecteurs. Ne pensez-vous pas qu’il y a ici matière à se questionner sur le pourquoi de la chose? Sommes-nous ici bêtement en présence d’une clientèle plus délinquante que celle utilisant le transport régulier? Se pourrait-il que ce soit parce que les usagers n’ont pas accès aux mêmes points de vente de titres et aux mêmes méthodes de paiement?  Se pourrait-il aussi que ce soit car les usagers ne comprennent pas les méthodes de paiement qui sont différentes de celles utilisées dans le transport régulier? Se pourrait-il aussi que des usagers choisissent délibérément de ne pas payer leur titre puisqu’ils considèrent qu’ils n’ont pas accès à des moyens de transports similaires à ceux des usagers du réseau de bus et métro de la STM?

Votre communiqué se termine par une phrase qui selon nous se veut infantilisante. « Il vaut mieux payer son transport à 2,45 $ que de risquer d’avoir une amende de 150 $ à 500 $ parce que vous n’avez pas payé! »

Voiture des inspecteurs de la STM

Marie-Eve attend d’être contrôlée par des inspecteurs de la STM

Avant l’introduction de la carte OPUS, les usagers du transport adapté avaient accès aux mêmes méthodes de paiement que les usagers du réseau de bus et métro de la STM. L’introduction de la carte OPUS a contribué à créer un obstacle qui n’existait pas auparavant et a ainsi creusé davantage le fossé entre les personnes handicapées et celles non handicapées utilisant le transport en commun à Montréal. Plus de quatre années se sont écoulées. Nous croyons qu’un organisme de défense des droits des personnes handicapées devrait plutôt se concentrer sur cette réalité qui porte atteinte aux droits de ses membres plutôt que d’agir en tant que porte-parole de la STM.

Merci d’avoir porté attention à notre courriel.

Laurence Parent
Marie-Eve Veilleux

Chantal Jolis et la différence

En mars 2011, Chantal Jolis avait accordé une entrevue à l’émission Tout le monde en parle. L’entrevue portait essentiellement sur sa vie après le diagnostic de Parkinson qu’elle a reçu en 2007. Je l’ai écoutée pour la première fois quelques heures après l’annonce de sa mort. Cette entrevue m’a bouleversée. Ce n’est pas le courage et la force de Mme Jolis qui m’ont bouleversée, mais plutôt la grande injustice qu’elle a vécue. Celle de la vie que la société lui a arrachée. Celle dont on ne parle toujours pas aujourd’hui.

Les différents articles écrits à propos du décès de Mme Jolis racontent qu’elle a dû quitter la radio de Radio-Canada en 2009 en raison de la maladie. Son départ de la radio est décrit comme une fatalité dont la maladie est l’unique responsable. « La maladie l’a forcée à se retirer » [Le Devoir]. Elle s’est retirée de la vie professionnelle « en raison de symptômes de plus en plus marqués de la maladie de Parkinson » [André Duchesne, la Presse]. Radio-Canada abonde dans le même sens en affirmant que Chantal Jolis a « dû renoncer à son émission sur les ondes d’Espace musique en raison de sa maladie ».

Ce n’est pourtant pas la version de Mme Jolis a confié à plus d’un million de Québécois lors de son passage à Tout le monde en parle en mars 2011. À propos de son départ de la radio, elle a affirmé: « La direction m’a demandé de ne plus parler. Moi, je serais restée. J’aurais mis les gens dans la confidence. Je leur aurais dit « Vive la différence! » Vous allez voir la différence. »

Dans un article de Nathalie Petrowski écrit dans les jours ayant suivi sa dernière émission, Mme Jolis a expliqué : « J’aurais aimé pouvoir en faire autant à Espace Musique. C’est-à-dire prévenir mes auditeurs que, par moments, les mots allaient glisser et ma voix faiblir, mais que ce n’était pas plus grave que cela. » Toutefois, « son désir de rester en ondes, même malade, n’a pas trouvé preneur auprès de la direction d’Espace Musique, qui a estimé qu’il valait mieux la retirer des ondes et lui confier un autre mandat » [Petrowski].

Alors que Mme Jolis commençait à avoir certaines incapacités liées à la parole, plusieurs personnes croyaient qu’elle était droguée ou saoule. Mme Jolis a dit qu’elle aurait trouvé les mots pour expliquer sa nouvelle situation à ses auditeurs et les inviter à la célébrer. Radio-Canada, de son côté, a choisi de ne pas exposer la différence et ainsi briser des stéréotypes et des préjugés fondés sur le handicap. Aucun accommodement raisonnable possible. Aucune variation possible sur le rythme et ton de voix radio-canadien. Le futur radiophonique de Mme Jolis était scellé parce qu’elle était sortie du moule de ce qui est considéré comme acceptable. Elle n’a pas répliqué.

À Tout le monde en parle, Mme Jolis a partagé, sans gêne mais non sans émotion, que le jour où elle a cessé de faire de la radio, elle a commencé à moins bien se porter. Elle a également admis avoir pensé au suicide. On venait de lui arracher sa passion, une grande partie de sa vie. Mme Jolis serait-elle restée plus longtemps parmi nous si Radio-Canada l’avait accepté avec son élocution différente de la norme? Nous ne pouvons répondre à cette question bien que nous sachions que le bonheur ne peut pas faire de tort à la santé physique.

En fin d’entrevue, Guy A. Lepage lui a demandé ce qu’il pouvait lui souhaiter. Elle a répondu : « De trouver ma place, en tant que personne différente. De trouver ma place. Et de la garder. Et d’être utile. » Sa place, elle l’avait perdue. Et en quelque sorte, elle l’acceptait avec une sérénité déconcertante. Une sérénité inquiétante pour les personnes handicapées, comme moi, qui se battent pour le respect de leurs droits, tels que la non-discrimination au travail.

L’injustice vécue par Mme Jolis est socialement acceptée. Il s’agit en fait de la discrimination fondée sur le handicap. En anglais, des mots comme ableism et disableism ont été inventé pour en parler. En français, on n’ose pas trouver le bon mot. Si on arriverait par en trouver un, ça voudrait dire, à quelque part, que l’on reconnaîtrait l’existence d’une telle forme de discrimination. Comme l’on reconnaît l’existence du racisme. Comme l’on reconnaît l’existence du sexisme. Si Mme Jolis avait perdu son emploi suite à sa conversion à l’islam, tout le Québec aurait vertement critiquer Radio-Canada. Toutefois, dans ce cas, elle a perdu son emploi car elle avait un handicap.  Aucune voix ne s’est élevée.

Mme Jolis souhaitait continuer sa carrière en tant que personne différente. Cette passionnée des mots n’a pas eu le temps de s’identifier comme une personne handicapée. C’est pourtant ce qui se cache sous le terme de «personne différente » . Encore en 2011, faire son coming-out au sujet d’un handicap, et ce, même si celui-ci est bien visible, demeure tabou au Québec. Les personnes handicapées attirent encore les regards de compassion, de pitié et d’admiration – ces regards débordaient du plateau de Tout le monde en parle le 27 mars 2011.

En fermant le micro de Mme Jolis, Radio-Canada a perdu une occasion en or de faire tomber plusieurs stéréotypes et préjugés fondés sur le handicap. Quel message cette décision envoie-t-il aux personnes handicapées?

Si Radio-Canada a choisi de se priver des talents d’une grande communicatrice ayant une brillante carrière de trente ans d’expérience, imaginez comment les personnes handicapées qui n’ont jamais eu la tribune de Mme Jolis, sont traitées sur le marché du travail en général. La réalité, c’est qu’elles sont les moins bien représentées dans le monde du travail lorsqu’on les compare avec d’autres groupes marginalisés.

À 17 ans, lorsque je suis allée passer une entrevue pour un emploi de bureau d’été pour étudiants à la ville de Montréal, la première chose que l’on m’a dite en voyant mon fauteuil roulant est : « Oh, avoir su je ne t’aurais pas fait venir en entrevue. » Pourtant, en plus d’être une étudiante modèle, j’étais plutôt callée en travail de bureau, utilisant un ordinateur depuis l’âge de … 4 ans.

À chaque année, des millions de dollars sont investis dans la recherche pour trouver des remèdes contre toutes sortes de maladies dont le Parkinson. Ne serait-il pas temps d’investir des sommes d’argent comparables pour trouver des remèdes à l’exclusion sociale vécue par les personnes handicapées? La bonne nouvelle, c’est qu’une panoplie de remèdes sociaux ont passé les tests cliniques et sont prêts à être implantés sans risque d’effets secondaires néfastes aux quatre coins du Québec. Les personnes handicapées connaissent la plupart de ceux-ci. Un d’entre eux est d’arrêter d’accepter de les exclure en les noyant dans des regards de compassion.

Mme Jolis a dit à un million de Québécois qu’elle aurait voulu continuer à faire de la radio et, par le fait même, inviter ses auditeurs à célébrer la différence. Ce n’est pas le Parkinson qui l’a forcée à se retirer des ondes. Ce sont tous ceux qui lui ont lancé des fleurs avec un air d’admiration et de désolation. Pourquoi ont-ils choisi de ne plus l’écouter alors qu’ils prétendent l’avoir tant aimée?

*Une version abrégée se retrouve dans l’édition du 1er mars 2012 du Devoir